En 1894, la comédienne française Sarah Bernhardt tombe sous le charme de Belle-Île-en-Mer et acquiert un fort militaire abandonné sur la Pointe des Poulains. Un coup de foudre inexplicable qui transformera ce bastion inconfortable en résidence d’été pendant près de 30 ans. Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser la plus grande star de son époque à acheter ce fort inhabitable perdu sur une falaise venteuse de Bretagne ?
Le coup de foudre de Sarah Bernhardt pour Belle-Île-en-Mer
Sarah Bernhardt débarque à Belle-Île-en-Mer en 1894, âgée de 50 ans et au sommet de sa gloire. Accompagnée de son ami peintre Georges Clairin, elle visite l’île et ressent immédiatement un attachement profond pour ces paysages bretons sauvages.
La première rencontre avec le fort de la Pointe des Poulains relève du hasard. Construit dans les années 1860 par le Second Empire, ce corps de garde crénelé modèle 1846 présente une architecture militaire austère avec ses meurtrières, ses mâchicoulis et son pont-levis. Abandonné depuis longtemps, il affiche une pancarte « À vendre » que Sarah Bernhardt remarque aussitôt.
Une décision impulsive aux conséquences durables
L’actrice n’hésite pas une seconde. En novembre 1894, elle devient propriétaire de ce fortin pour le moins atypique. Ses proches tentent de la dissuader, mais la « Divine » n’en fait qu’à sa tête. Cette acquisition marque le début d’une histoire d’amour de trois décennies avec Belle-Île-en-Mer.
Sarah Bernhardt elle-même explique son attachement dans ces mots mémorables : « Lorsque j’ai découvert Belle-Isle en mer, je l’ai ressentie comme un havre de quiétude, un paradis pittoresque dont je pourrais goûter le charme de sa beauté sauvage sous un ciel vivifiant. J’ai déniché sur une falaise venteuse spécialement inaccessible, spécialement inconfortable, un fort abandonné qui par son isolement, ne peut que m’enchanter ! »
La transformation d’un fort breton en résidence d’exception
Des travaux colossaux pour apprivoiser la nature
Transformer ce bastion militaire en habitation nécessite des travaux titanesques dès l’hiver 1895. Sarah Bernhardt fait dégager le fort des remblais accumulés, raboter les monticules qui obstruent la vue et transformer la lande bretonne en parc paysager.
L’aménagement intérieur représente un défi architectural majeur. Les murailles d’un mètre cinquante d’épaisseur sont percées pour créer de larges baies s’ouvrant sur la falaise et la petite plage des Poulains. Malgré ces modifications radicales, l’actrice conserve la porte d’entrée d’origine et son pont-levis, préservant le caractère historique du lieu.
Un refuge aux allures de petit paradis
En 1897, Sarah Bernhardt fait édifier la villa « Les Cinq Parties du monde » pour son usage personnel, puis plus tard la villa « Lysiane » pour accueillir ses invités. Cette expansion témoigne de son attachement croissant au site.
Le domaine s’étend finalement sur 46 hectares, offrant à la tragédienne un territoire privé face à l’océan Atlantique. Les habitants locaux la surnomment affectueusement « la dame Blanche« , « la dame des Poulains » ou « la dame de Penhoët« .
La vie bohème sur la Pointe des Poulains
Un mode de vie authentique loin des paillettes
Chaque été pendant près de trois décennies, Sarah Bernhardt retrouve son refuge breton avec famille, amis et sa célèbre ménagerie. Cette dernière comprend une dizaine de chiens, Bizi-Bouzon le perroquet, des caméléons, un hibou grand-duc, un singe, un boa et même un crocodile.
La vie à Belle-Île-en-Mer tranche avec l’existence parisienne de la comédienne. Elle y pêche la crevette en robe blanche, cuisine, se fait bronzer, se promène sur les sentiers côtiers et organise des pique-niques. Le tennis fait partie de ses activités favorites, tout comme les excursions sur l’île.
Une hospitalité légendaire
Sarah Bernhardt reçoit sur la Pointe des Poulains des invités prestigieux, dont le roi Édouard VII du Royaume-Uni. Ces réceptions contribuent à la renommée internationale du site et participent à l’émergence du tourisme sur Belle-Île-en-Mer.
L’actrice témoigne de son bonheur dans ses Mémoires : « Le fort de Belle-Ile fut un des endroits les plus exquis de mon existence. Et un des plus confortables, moralement parlant« .
L’héritage de Sarah Bernhardt sur Belle-Île-en-Mer
Une séparation douloureuse
En 1922, malade, surendettée et amputée d’une jambe depuis 1915, Sarah Bernhardt se résout à vendre sa propriété « la mort dans l’âme« . Elle disparaît l’année suivante, laissant derrière elle un patrimoine architectural unique et des souvenirs impérissables.
La renaissance du fort Sarah-Bernhardt
Après des décennies d’abandon, le Conservatoire du littoral acquiert et restaure le site dans les années 2000. Le fort devient un musée dédié à la tragédienne, accueillant 25 000 visiteurs annuels. Inscrit aux monuments historiques depuis 2000 et labellisé Maisons des Illustres en 2011, il perpétue la mémoire de celle qui a su voir la beauté dans l’inhospitalité apparente de ce fort breton.
La nature environnante bénéficie aussi de cette protection. Les milieux naturels couvrent désormais 55% de la surface de Belle-Île-en-Mer, préservant les paysages sauvages qui avaient tant séduit Sarah Bernhardt. La Pointe des Poulains, classée Zone spéciale de conservation Natura 2000 depuis 1998, continue d’offrir aux visiteurs ces panoramas « de l’horizon à perte de vue, et du ciel à perte de vue » que décrivait si poétiquement l’actrice.
Mis à jour le 2 septembre 2025

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